Presseartikel vom 7. Juli 2001 in "Le temps"

«Une catastrophe comme celle du Mont-Blanc est programmée au Gothard»

Bernard Wuthrich, Altdorf
Samedi 7 juillet 2001
Rubrique: suisse

Député radical au Grand Conseil uranais, Markus Gisler est le directeur de l'aire de ravitaillement du Gothard, près d'Altdorf. Il milite pour un second tube routier, notamment sur un site Internet qu'il a ouvert en décembre 1999*. Interview.

Le Temps: Pourquoi un deuxième tunnel routier vous paraît-il nécessaire?
Markus Gisler: La raison est très clairement la sécurité. Elle est insuffisante. Le tunnel fait 17 kilomètres et il est à double sens. Une catastrophe comme celle du Mont-Blanc et des Tauern, en Autriche, est programmée.

– En 1994, le canton d'Uri a clairement manifesté son refus de construire ce second tunnel. Le climat a-t-il changé?
– L'an dernier, l'Urner Zeitung a fait un sondage auprès de 150 personnes. Environ 42% étaient favorables au deuxième tunnel, mais, dans le haut de la vallée, la proportion dépassait 50%. C'est simple à comprendre: en raison des bouchons, une partie du trafic se déverse sur la route cantonale et celle-ci est bloquée à son tour. Au début, je criais dans le désert. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, les avis sont en train de changer.

– Un second tube résorberait-il les bouchons?
– Le tunnel actuel constitue un goulet d'étranglement artificiel. Regardez la situation. Autour du lac des Quatre-Cantons, nous avons deux pistes qui arrivent de Bâle et deux de Zurich. Elles se fondent l'une dans l'autre. Dans la vallée d'Uri, il y a deux pistes direction sud. Puis, entre Amsteg et Göschenen, il y a encore deux pistes, mais avec une pente de 5% et sans voie de sécurité. Dans le tunnel, il n'y a plus qu'une piste. C'est évidemment problématique. Un deuxième tube corrigerait cette situation. Il y a d'ailleurs un excellent exemple qui le prouve: pendant des années, on a critiqué le goulet du lac de Walenstadt, entre Zurich et Coire. Depuis que l'on a ouvert une autoroute à quatre voies, on n'en parle plus.
– Un deuxième tunnel ne risque-t-il pas d'attirer davantage de trafic?
– Il est clair qu'il y aura plus de trafic. Mais j'insiste: ce n'est pas pour faire passer plus de camions que je réclame un second tunnel, mais bien pour la sécurité.

– Ne vaut-il pas mieux attendre la mise en service du tunnel ferroviaire de base? Le problème du Gothard ne sera-t-il pas résolu lorsque les camions seront chargés sur le train?
– La NLFA jouera certainement un rôle favorable. Mais elle ne sera pas prête avant douze ou treize ans dans le meilleur des cas. Or, comme les portes s'ouvrent déjà pour les contingents de 40 tonnes, la situation va très vite empirer sur l'A2. Un deuxième tunnel routier est faisable en dix ans pour 1,5 milliard de francs et l'argent est déjà disponible: c'est le fonds routier. Par ailleurs, je suis favorable à l'introduction d'un péage pour franchir et financer le tunnel.
Propos recueillis par Bernard Wuthrich, Altdorf
* www.gotthardtunnel.ch